CHAPITRE XI

Tam se réveilla dans un lit d’hôpital.

Encore.

Il n’aimait pas ça. Un événement qui se répétait trop souvent.

Cette fois, son épaule gauche lui faisait mal, et il se rappelait pourquoi. Dès qu’un membre du personnel paramédical passa devant son lit, il lui fit signe d’approcher.

— Puis-je transmettre un message ?

— D’abord, je vais aller chercher les gens qui attendaient votre réveil, répondit l’homme en blanc.

Cinq minutes plus tard, des visiteurs apparurent dans le champ de vision du patient. Tare se précipita à son chevet. Wolam resta au pied du lit, souriant de satisfaction.

La chef des renseignements, lella Wessiri, se plaça entre les deux.

— Quel bras te fait mal ? demanda Tare.

— Non, non, non, Tare… Les bonnes manières d’abord, dit Tam avec un regard faussement sévère. Le protocole exige que le visiteur du rang social le plus élevé, ou celui qui a l’emploi de temps le plus chargé ait droit à la parole en premier. Qui est-ce dans le cas présent ?

— Moi ! lança le jeune garçon.

— Essaie encore.

— Bon, je pense que c’est elle.

— Voilà qui est mieux.

Iella sourit à Tare.

— J’ai eu un petit moment de libre, alors, je viens vous donner des nouvelles. Vous avez accompli un exploit : empêcher un espion yuuzhan vong de se procurer une information – hum, disons très significative.

— Une information que vous ne vouliez pas que les Vong aient. Au contraire de ce que je leur ai transmis.

Iella acquiesça.

— Quelle information est-ce ?

— Je ne dois pas le dire… Et vous ne devriez pas poser la question.

— Je crois que je devine.

Sous le contrôle de l’ennemi, Tam avait volé des données concernant un projet en cours de développement sur cette base. Une sorte de super-arme qui utilisait des lasers boostés par un cristal lambent géant vivant. Normalement, celui-ci ne pouvait être fabriqué que par le génie biologique yuuzhan vong. La séance de torture du Bothan, que l’espion interrogeait au sujet du cristal, suggérait que l’objet était présent dans la salle.

Mais il n’y en avait pas trace…

Le cristal vivant géant n’existait pas. Un leurre ! Le projet « Lanceur d’Etoiles » était un trompe-l’œil. Soudain, tout devint clair dans l’esprit de Tam : le projet servait d’appât, histoire que le commandant suprême des Yuuzhan Vong aille dans la direction où on voulait l’attirer.

— Que devinez-nous ?

— Je ne dois pas le dire. Et vous ne devriez pas poser la question.

— Bien vu.

— Comment se porte le Bothan ?

— Il vit. Ce qui ne serait pas le cas sans votre intervention. Il est couché à quelques lits d’ici. Si les médecins l’autorisent, vous pourrez lui parler. Mais je passais simplement pour vous remercier.

— Heureux d’avoir pu vous aider… Sauf pour la partie douloureuse.

Iella partie, Tare lança :

— On parle de toi.

— Et que dit-on ?

— Que tu es plus fou qu’un singe-reptile. Avoir sauté sur un guerrier vong tout seul !

— Qu’en penses-tu ?

— Eh bien… je n’ai jamais vu de singe-reptile.

— Bonne réponse, reconnut Tam.

— Viens, petit, dit Wolam. Le singe-reptile a encore besoin de temps pour se reposer. Tu me serviras d’opérateur jusqu’à ce qu’il consente à reprendre le collier.

— Ça marche, dit Tare. J’enregistrerai toutes les scènes qui l’effraient trop.

— Tant que tu ne me filmes pas, moi…

Tam avait tiré le drap sur sa tête. Avant de s’abandonner de nouveau au sommeil, il entendit le rire joyeux du jeune garçon qui s’éloignait.

Coruscant

Luke se réveilla dans le noir, d’abord désorienté par l’absence d’images et d’odeurs familières, puis rassuré par la présence de Mara à ses côtés. En fait, elle venait de se coucher sur la banquette, près de lui, et ce mouvement l’avait tiré du sommeil.

— Tu reviens seulement de ton tour de garde ? demanda-t-il.

— Oui. (Mara posa sa tête sur l’épaule de son mari.) Rendors-toi.

— Je dois me lever.

— Tu le regretteras. Il n’y a que des mauvaises nouvelles.

— Quelles nouvelles ?

— Va interroger les scientifiques.

 

— Nous avons passé tellement de temps en bas, dans les ruines, expliqua Danni, que nous n’avons pas pu faire tous les relevés qu’il aurait fallu.

Elle ne put réprimer un bâillement, gênée de trahir ainsi son épuisement.

Luke, Danni et Baljos s’étaient réunis dans la salle de contrôle du complexe. Les deux scientifiques paraissaient fatigués. Au moins ils avaient trouvé assez d’eau fraîche pour se baigner et laver leurs vêtements. Dans l’ensemble, ils avaient l’air plus présentables que quelques jours plus tôt.

— Quels relevés vous manquent encore ? demanda Luke. Chaque fois que je vous ai vus tous les deux, vous étiez occupés avec vos instruments.

— Nous avons surtout fait des prélèvements biologiques, dit Baljos. Et des mesures des flux d’énergie électromagnétique. Nous avons procédé à des tests sur l’eau et les ressources alimentaires, ce genre de choses… Mais jusqu’à ce que Kell et Face soient montés au niveau des toits pour y installer des holocaméras et d’autres équipements d’observation, nous n’avions pu effectuer aucune surveillance astronomique.

— Et qu’avez-vous découvert ?

— Les enregistrements montrent que nous nous sommes approchés du soleil de Coruscant, reprit Danni. L’orbite planétaire a été modifiée.

— La température est de plusieurs degrés supérieure aux normales saisonnières, ajouta Baljos. J’avais déjà eu cette impression en regardant les résultats obtenus par nos capteurs manuels. Mais il était impossible de déterminer s’il ne s’agissait pas d’une variation aléatoire. En fait, l’atmosphère contient davantage d’humidité relative qu’il ne serait logique. Les résultats sont cohérents. Une analyse spectroscopique au laser révèle des valeurs similaires sur une très grande distance. Maître Skywalker, je crois que les glaces polaires fondent.

— Luke, c’est simplement « Luke » dans notre groupe. Ce sont les effets de la transformation planétaire des Vong ?

— Oui, c’est la « vongoformation », confirma Danni. Leur technique est bien plus rapide et plus brutalement efficace que nos équivalents.

— Y a-t-il aussi de bonnes nouvelles ?

— Si on veut…

Danni désigna un écran d’ordinateur qui affichait une prise de vue par holocaméra d’un toit d’immeuble. Il semblait se peler comme un oignon : des fragments en forme de feuilles étaient emportés par le vent.

— Certaines plantes vong meurent. Les herbes et les champignons explosifs utilisés pour amorcer la démolition des immeubles commencent à disparaître. Nous ne savons pas si c’est dû à une mauvaise adaptation à l’environnement, ou s’ils sont seulement la première étape du processus de transformation. Le docteur Arnjak suppose que cette dernière hypothèse est la bonne.

— Pour toi, c’est « rat de labo », dit Baljos.

— Ça peut donc être une bonne ou une mauvaise nouvelle, résuma Luke.

— Exact, confirma Baljos. Voici quelques découvertes un peu moins ambiguës.

Il montra deux autres écrans. L’un était couvert de graphiques, l’autre étant divisé en huit images arrêtées de guerriers yuuzhan vong qui fouillaient des décombres, exécutaient des exercices ou s’alignaient en rang…

Luke examina les données. Les courbes du premier écran représentaient les pourcentages des divers gaz présents dans l’atmosphère.

— Qu’est-ce que ça signifie ?

— La proportion des gaz toxiques contenus dans l’atmosphère s’est stabilisée. A certaines altitudes particulières, il y en a plus qu’ailleurs, mais on n’observe plus d’augmentation. Selon moi, ça a un rapport avec l’action biologique des plantes de vongoformation qui détruisent le permabéton et les métaux. Les Yuuzhan Vong n’essaient donc pas de rendre l’atmosphère irrespirable pour nous. Les chances de survie des gens qui restent en bas en sont augmentées.

— Un bon point, je suppose, dit Luke. Et les autres images ?

— Tu te rappelles les petits droïds furtifs que nous avons apportés, répondit Danni. En forme de champignons, par exemple… Nous les avons déposés dans des zones où les Vong effectuent des patrouilles fréquentes. Ils suivent lentement un certain itinéraire et transmettent des paquets d’images par des émissions courtes, donc difficiles à repérer. Jusqu’à présent, ce n’est pas très parlant, mais nous espérons en tirer quelque chose…

— Et que concluez-vous des données atmosphériques ?

Danni et Baljos échangèrent un regard plein de signification aux yeux de Luke : ils avaient déjà tiré des conclusions, mais ils devaient déterminer qui les exposerait, et dans quel ordre.

— Nous avons donné aux survivants l’impression que les forces de la Nouvelle République reviendraient reprendre Coruscant, commença Danni.

— C’est bien l’objectif, conforma Luke.

— Je ne crois pas qu’il restera quelque chose de Coruscant où revenir. Combien de temps faudra-t-il ? Un an ? Cinq ans ? Dix ? D’ici que nos forces arrivent, cette planète se sera transformée en un monde yuuzhan vong.

— Ce n’est pas ça qui remplira les survivants d’espoir.

— Donc, reprit Baljos, nous pensons qu’il faut agir selon une approche différente : enseigner aux gens comment survivre sur un monde devenu étranger. Et pas dans l’optique de sortir de leur trou pour combattre quand le grand soir viendra enfin. Non, simplement survivre, et peut-être s’échapper. Nous analysons toutes les nouvelles formes de vie que nous rencontrons, celles que les Yuuzhan Vong ont introduites, pour savoir lesquelles sont consommables. Nous apprenons aux gens à trouver de l’eau.

— Et peut-être aussi à protéger des complexes entiers, pour que les Vong ne puissent jamais arriver jusqu’à eux, ajouta Danni.

Luke réfléchit un long moment.

— Si nous faisons tout ça… nous admettons que nous avons perdu.

— Nous avons perdu Coruscant ! lâcha Danni. Mais pas la guerre.

— Je ne peux pas accepter ça !

Une vague de fureur déferla en Luke.

Attention ! Il devait se calmer.

Par la force de sa volonté, il étouffa sa colère.

— Vous prétendez que cette mission est un échec !

— Pas un échec… (Danni pesa soigneusement ses mots.) La mission ne correspondait pas à la réalité que nous avons trouvée ici. Toutes les investigations scientifiques se déroulent ainsi. On observe les manifestations, on met au point une théorie pour les expliquer, puis on la vérifie… Dans la plupart des cas, il faut la réviser. Nous arrivons à la vérité en faisant un pas hésitant après l’autre.

— Comme l’entraînement des Jedi…

— Exactement.

— Je dois réfléchir à tout ça, soupira Luke.

Luke méditait encore, deux jours plus tard, quand il partit en expédition avec Face et Bhindi.

Ils ne portaient plus systématiquement des armures yuuzhan vong. Disposant d’une base et n’étant plus obligés de traverser sans cesse des territoires inconnus, Luke et ses compagnons préféraient des vêtements civils, bien plus légers et confortables, surtout dans l’atmosphère pesante des niveaux inférieurs de Coruscant. Kell et Face faisaient exception – tellement ils étaient persuadés d’être superbes dans ces armures ! Du coup, ils les mettaient pour toutes les missions. Bien sûr, le jeu consistait aussi à ne pas être le premier à rendre gorge.

Puisque les objectifs initiaux étaient atteints – le groupe avait monté une base, et ses membres étaient entrés en contact avec la population non-vong –, ils pouvaient maintenant commencer à imaginer un plan pour quitter Coruscant.

Aucun moyen de fuite n’était prévu dans leur programme. Compte tenu des nombreux appareils abandonnés sur la planète, ils devaient parvenir à en trouver un, même s’il fallait le réparer ou le voler. Avec l’aide de Tahiri, ils pouvaient peut-être même viser un vaisseau yuuzhan vong…

La logique indiquait qu’il restait des milliers, voire des millions de navires dans les ruines de Coruscant. La difficulté était de les découvrir, puisque tous les engins volants visibles avaient été mitraillés et détruits par les coraux skippers. Pour qu’ils aient une chance de récupérer un vaisseau indemne, il fallait qu’il soit caché ou enterré.

Jusqu’à présent, ils avaient repéré des centaines d’appareils lors de leurs recherches, mais pas un seul ne se prêtait à un départ de la planète. Ils avaient trouvé d’innombrables airtaxis, des chasseurs écrasés et même, dans un hangar, un transporteur de troupes – avec les troupes en question – enseveli sous des tonnes de décombres.

En l’espace d’un mois, Luke pensait pouvoir bricoler – à partir des pièces de différents chasseurs – un navire, qui emmènerait l’un d’eux loin de la planète le moment venu.

Un échec de plus pesait sur ses épaules… Assis au cinquantième étage, devant la fenêtre de l’ancien bureau de recrutement du commandement central des chasseurs stellaires, Luke fixait l’immeuble d’en face pendant que Face et Bhindi se démenaient pour rendre le système informatique opérationnel.

Il se demandait pourquoi il avait accepté cette mission.

Son fils Ben était à des années-lumière de là, hors d’atteinte des Yuuzhan Vong, mais aussi de la sienne. Ils l’avaient mis à l’abri dans une base secrète située dans la Gueule, une région de l’espace entourée et dissimulée par des trous noirs.

Mara devait douter de lui… Les Jedi, qu’il avait voulu encourager et unir grâce à un raid audacieux au cœur du territoire ennemi, perdraient bientôt toute foi en lui.

Quelque chose attira son attention : l’impression de sentir des yeux rivés sur lui. Il détourna le regard du tas de gravats qu’il contemplait.

Du côté opposé de l’avenue, à peu près à la même hauteur, quelqu’un l’observait à travers une verrière. Considérant la distance qui les séparait, Luke ne put pas être sûr, mais il pensa qu’il s’agissait d’un homme. Un homme très pâle.

Luke sortit ses macrojumelles et les braqua sur la lointaine silhouette.

Il découvrit un visage à la fois inconnu et familier.

Cet homme avait un teint blafard, des cheveux noirs bouclés, des yeux d’un bleu d’océan et un nez d’aigle qui laissait supposer qu’il avait des ancêtres parmi la vieille aristocratie. Très jeune, il n’avait peut-être même pas atteint ses vingt ans. Autour de la taille, il portait une sorte de kilt, et plusieurs parties de son corps étaient couvertes d’objets brillants : des mitaines, des protège-coudes, des protège-genoux. Epaisses et métalliques, ces protections semblaient quand même former une armure assez peu efficace.

Luke connaissait ce visage, mais il n’arrivait pas à établir le lien, dans sa mémoire. D’ailleurs, à ce moment précis, ne pas penser paraissait plus facile.

Quand Luke le regarda dans les yeux, l’homme sourit… comme un enfant émerveillé alors qu’il arrache les pattes d’un insecte.

L’homme était perceptible dans la Force, Luke le sentait sans même avoir à le chercher. Il brillait d’une lumière éclatante – un phare dans une mer d’obscurité. Ou plutôt, un phare d’obscurité. Mais cela n’avait pas d’importance.

Luke émergea de ces quelques instants de distraction essoufflé… et comme pris à la gorge.

Que faisaient Face et Bhindi ? Ils avaient remis le terminal en route, puisque les reflets de l’écran dansaient sur leurs visages. Bhindi sortit une datacarte du lecteur et poussa un soupir de satisfaction. De toute évidence, aucun des deux n’avait conscience de ce qui arrivait à Luke.

Le Maître Jedi le savait : dès qu’il se retournerait, l’homme aurait quitté son poste à la fenêtre en face. Un des plus vieux trucs dans le réservoir d’astuces des scénaristes d’holodrames de terreur.

Mais après avoir réajusté ses macrojumelles, Luke vit toujours l’homme – parfaitement immobile.

Il défit les verrouillages de la verrière. Il ne lui restait plus qu’à emprunter la passerelle qui reliait cet immeuble à l’autre.

Il irait voir cet homme et lui poserait toutes les questions qui lui brûlaient les lèvres.

Une vague inquiétude, sans doute le fruit de ses aptitudes de pilote à mémoriser d’un coup d’œil des détails topographiques, le tira du brouillard où ses réflexions l’avaient égaré.

Aucune passerelle n’enjambait le gouffre. Un seul pas au-delà de la verrière, et il aurait plongé vers une mort certaine.

Le sourire de l’homme s’épanouit. Puis, il s’écarta de la fenêtre et disparut.

Libéré de l’étau qui lui serrait la poitrine, Luke put de nouveau respirer.

— Vous avez fini, vous deux ? demanda-t-il.

Face leva les yeux sur le Maître Jedi.

— Luke, ça va ?

— Non. Des ennuis s’annoncent. Partons d’ici.

Bhindi se redressa.

— Si des ennuis s’annoncent, nous avons fini.

 

Les trois compagnons étaient accroupis dans un cratère au coin d’un gratte-ciel – celui où Luke avait vu l’homme un peu plus tôt. Une vingtaine d’étages au-dessus de la verrière, ils observaient aux macrojumelles la salle qu’ils venaient de quitter.

Une horde de gens tatoués avait envahi la pièce. Certains ne portaient, en guise de vêtements, que du sang et de la boue séchés. La lueur malsaine de leurs yeux indiquait qu’ils se gavaient de stimulants depuis des jours, voire des semaines. Ils saccageaient le bureau du commandement central, détruisant tous les meubles et lacérant chaque mur – une violence gratuite.

— Qui sont ces gens ? demanda Bhindi. Ils ne ressemblent pas à nos survivants lambda.

— Sans doute les cannibales dont parlait Yassat, dit Face. Tu les as sentis venir, Luke ?

— En quelque sorte. Allez, descendons.

Ils trouvèrent l’endroit d’où l’homme au teint pâle avait regardé Luke : la pièce centrale d’une suite d’hôtel, sans doute vide depuis la chute de Coruscant. Les lits étaient faits. Les baies vitrées, qui allaient du plancher au plafond, offraient une belle vue sur le ciel de Coruscant, à condition de lever la tête assez haut.

Luke sentait un tiraillement dans la Force – cette ombre qu’il pourchassait depuis son arrivée sur la cité-planète.

Mais son attention était mobilisée par autre chose : les verrières. Il aurait juré que l’homme s’était tenu là.

Sa silhouette remplissait toute la verrière, du sol au plafond. Et ces vitrages mesuraient trois mètres de haut.

 

— Tu es fatigué, dit Mara. Ça te rend plus sensible aux puissances présentes dans la Force. Il a eu un contact avec toi, sans aucun doute… Mais quand tu auras dormi, tu seras plus à même de faire face.

Mara savait peu de choses sur la manière de réconforter les autres, en dehors de ce qu’elle avait pu observer ou apprendre dans des cours de psychologie. Depuis la naissance de Ben, ses compétences s’étaient un peu accrues.

Luke avait si rarement besoin de sollicitude… Sa sagesse et son humour faisaient une armure solide contre les coups et blessures qu’inflige la vie.

Certains événements perçaient néanmoins ce bouclier – le kidnapping de Ben ou la mort de son neveu Anakin Solo. Et maintenant, la sinistre apparition de quelqu’un qui était passé à un cheveu de le contraindre à un plongeon fatal.

A ces moments-là, Mara ne pouvait guère faire plus que rester près de son mari…

— Je ne crois pas, dit Luke. Bien sûr, ma fatigue lui a permis de transmettre plus facilement son désespoir et ses obsessions à travers la Force. Mais j’ai aussi perçu sa puissance. Et je sais que j’ai déjà vu ce visage quelque part. Je…

La suite de la phrase fut noyée dans un bâillement.

Mara jeta un regard sévère à son époux.

— Oui, oui, je suis fatigué ! J’ai besoin de sommeil… (Il s’étira sur la banquette.) Je suis épuisé et j’ai peur que quelqu’un se faufile près de moi et implante une idée dans mon esprit. Comme si j’étais drogué à l’épice, sans résistance ni volonté.

— La fatigue plus l’orgueil blessé !

— Oui, tu as probablement raison…

— Alors, va dormir, garçon de ferme ! Tu réfléchiras mieux quand tes batteries seront rechargées.

— D’accord.

Après quelques minutes, Luke s’endormit, la respiration régulière. Mara resta éveillée longtemps, cherchant dans la Force les vibrations de haine ou de désespoir que l’entité désireuse de prendre la vie de son mari pourrait émettre.

Borleias

Le soleil baptisé Pyria, sur la verrière avant, était un point minuscule, qui n’attirait pas plus l’attention que n’importe quelle planète bien illuminée vue de la surface d’un autre monde. En aucun cas suffisant pour distraire Yan et Leia de leurs tâches…

— Bien compris, merci.

Leia se redressa devant la console de communication.

— Le contrôle de Borleias nous a transmis la cartographie des mines de basals dovin connues. Nos amis ne sont pas très confiants en la fiabilité de leurs connaissances.

Yan regarda sa femme en faisant craquer ses doigts.

— Donc, ils croient qu’il y a une probabilité élevée que nous soyons arrachés à l’hyperespace avant d’atteindre Borleias. Eh bien, tu peux leur dire que ça n’arrivera pas.

— Et ça n’arrivera pas parce que… ?

— Parce que je vais contourner les mines. Qu’imaginais-tu ?

— J’imagine qu’il vaut mieux activer nos armes, histoire d’être prêts…

Leia gagna la poupe et grimpa dans la tourelle laser supérieure pendant que Yan activait le lanceur de missiles à concussion.

Dès qu’elle eut allumé son unité com, elle entendit son mari se plaindre :

— Tu n’as aucune confiance en mes capacités.

— Bien sûr que si, répondit Leia. Mais j’ai aussi l’expérience de celles des Vong…

Leia testa la rotation de la tourelle et activa l’autodiagnostic du système de visée informatisé.

Devant eux, l’espace se distordit pour revenir presque immédiatement à la normale. Mais Borleias ne dominait pas la vue dans la verrière, comme il aurait été logique.

Leur vaisseau décrivit une boucle. La force centrifuge plaqua Leia dans son siège avant qu’elle puisse crier à Yan que des coraux skippers fonçaient sur le Faucon par l’arrière.

L’univers tourna follement alors que l’appareil se renversait dans sa position initiale.

Au-dessus d’eux, Leia vit la lueur des vaisseaux en approche.

Les lasers supérieurs tirèrent aussi vite que la technique le permettait. Les skips ripostèrent par des flots de plasma. Ils prirent de l’altitude par rapport à la position d’origine du cargo corellien, sans doute pour suivre son looping, mais la manœuvre les avait placés sur une trajectoire de collision.

La voix de Yan, assourdie, sans doute parce qu’il serrait les dents – sortit de l’unité com :

— Virons à tribord.

Leia sélectionna une cible dans cette direction. Efficaces comme toujours, les trous noirs avalèrent le tir de barrage. Néanmoins, leur concentration sur la zone du dôme de pilotage signa leur perte, car le missile à concussion, tiré par Yan une seconde plus tard, explosa sur la coque.

Le petit vaisseau disparut dans un nuage de vapeur.

Yan fit plonger le Faucon en vrille. Une vague de plasma coula autour sans causer de dommage – presque sans causer de dommage, puisqu’un claquement retentit et qu’une alarme se déclencha, indiquant au minimum une égratignure.

Entre-temps, le deuxième corail skipper, passé derrière eux, se lança dans une large boucle.

Yan ne le suivit pas, mais reprit la direction de Borleias en accélérant.

Leia en resta bouche bée.

— Dites donc, mon brave, qu’avez-vous fait à mon mari ? cria-t-elle dans l’unité com. Celui qui rit face à la mort et qui l’invite à boire un coup ?

— Ce pilote essaie de nous piéger et nous attirer dans la zone où attendent ses copains, répondit Yan, attristé par une remarque aussi vexante. Ai-je l’air d’un imbécile ?

Son épouse réfléchit, les sourcils froncés.

— Suis-je un imbécile ?

— Eh bien, non, sûrement pas…

Avec un sourire, Leia se reconcentra sur ses instruments. Le corail skipper restant resserra son virage, puisque le Faucon ne l’avait pas suivi. Il leur fondrait dessus dans peu de temps. A côté, les distorsions de l’image filaire signalaient les emplacements des mines de basals dovin, ces créatures gravifiques capables d’arracher les vaisseaux de l’hyperespace.

Sur la représentation, en actualisation permanente, les distorsions se modifiaient sans cesse. Leia essaya de comprendre pourquoi.

Puis, elle s’écria :

— Descends tout droit ! Vite, apprenti-pilote !

Yan obéit, pointant le nez du Faucon vers le bas. La brusquerie de la manœuvre sollicita rudement le harnais de sécurité qui retenait Leia sur son siège.

— Voilà, c’est fait. Nous descendons, dit Yan. Mais tu es une épouse revêche et désagréable. Pourquoi n’allons-nous pas directement vers Borleias ?

— Sur cet itinéraire, il y a d’autres mines. Et l’une d’entre elles nous suit.

— Une mine nous suit ? (Yan consulta son écran, où s’affichaient les distorsions interprétées par Leia.) Ce n’est pas du jeu. Et le corail skipper ?

— Tourne, s’il te plaît, il arrive par en dessous.

Yan s’exécuta avec diligence histoire que Leia puisse ouvrir le feu sur le vaisseau ennemi. A l’exception de quelques zigzags pour éviter les projectiles, le Faucon ne manœuvrait plus, augmentant ainsi la distance entre lui et la mine de basals dovin, dans son sillage. Progressivement, il approchait aussi des limites des effets gravifiques provoqués par les gisements.

Arrosant le corail skipper de rayons laser, Leia remarqua que sa défense se recentrait toujours autour du compartiment de pilotage après les embardées destinées à calquer sa course sur celle du Faucon. Par conséquent, elle y concentra son tir, attendit que Yan vire de nouveau sur l’aile, et bascula sa visée sur la proue du skip.

Les traducteurs audios intégrés à l’instrumentation du Faucon générèrent le bruit d’une explosion – le point représentant le corail skipper disparut de l’écran.

— Excellent tir, dit Yan. Tu ne veux pas revenir ici et nous préparer la trajectoire de retour vers Borleias ?

— Laisse-moi une seconde ! Quel époux revêche et désagréable !

 

Wedge fronça le sourcil en écoutant l’exposé de Yan et Leia à propos de leur retour sur Borleias.

— Je n’aime pas cette idée : une mine de basals dovin qui vous poursuit.

— Moi non plus, dit Yan. Je vais envoyer une lettre de réclamation au haut commandement yuuzhan vong…

Assis de l’autre côté de la table, Tycho le gratifia d’un de ses rares sourires.

— Nous connaissons à présent le nom de leur commandant suprême, annonça Wedge. Celui qui est ici, en tout cas. Il s’appelle Czulkang Lah. Les reptiliens impliqués dans la grande offensive ont fourni ce renseignement, une fois que nous les avions débarrassés de leur endoctrinement vong.

— Lah, répéta Leia. Viendrait-il du même Domaine que Tsavong Lah ?

— Mieux que ça, confirma Tycho. C’est son père. Un vieux guerrier féroce et impitoyable. Et un sacré instructeur. Bref, une sorte de Garm bel Iblis yuuzhan vong.

— Si nous pouvons le battre, fit Wedge, le battre vraiment, ça pourrait faire penser aux Vong que leurs dieux ne sont pas si désireux que ça de les voir conquérir l’univers.

— Revenons aux mines mobiles, dit Tycho. La question est de savoir depuis quand ils en disposent, et pourquoi nous les avons vus à l’œuvre pour la première fois aujourd’hui…

— C’est vrai…, admit Wedge, pensif. Yan, Leia, après votre incursion sur Hapès il y a quelques semaines, vous avez été convaincus que les mines de basals dovin ne se contentaient pas d’arracher des objets à l’hyperespace. Selon vous, elles semblaient enregistrer les caractéristiques massiques uniques de chaque vaisseau et les communiquer aux chefs des Vong pour élaborer une sorte de banque de données sur les mouvements de nos navires.

— C’est ça, acquiesça Leia. Jaina s’en est servie contre les Yuuzhan Vong.

— J’ai l’impression, dit Wedge, que cette mine mobile vous a suivis parce qu’elle vous a reconnus – en particulier le Faucon Millenium. Les Vong auraient consacré moins de moyens et de ressources à la capture ou la destruction d’un autre vaisseau. Mais la perte du Faucon et des Solo serait un coup dur pour le moral de nos troupes.

Les deux époux échangèrent un regard. Même si Yan affichait un sourire suffisant, Leia vit qu’il mesurait le risque inhérent à la théorie du général Antilles – si elle s’avérait.

— Ce qui signifierait que tout vaisseau appartenant à une de nos – comment dire ? – célébrités pourrait être identifié, résuma Leia.

— Nous devons garder cette possibilité à l’esprit. (Wedge se tourna vers Tycho.) Invite Cilghal à une réunion, aujourd’hui, ou tôt demain matin. Plus Jaina et ses conseillers en guerre psychologique. Nous pourrions peut-être tourner cette découverte à notre avantage.

— En as-tu fini avec nous ? demanda Yan. Nous avons quelques trucs importants à faire, par exemple, mettre la main sur Jaina avant que vous la monopolisiez. Nous aimerions passer un petit moment avec elle. C’est pour ça que nous revenons toujours ici, pas pour voir ta tête !

— Quelle insolence, fit Wedge avec un sourire chaleureux. Je pourrais vous rappeler au service actif, général Solo, ne l’oubliez pas !

 

Leia était couchée dans son lit.

D’accord, il était trop dur, trop défoncé et à des années-lumière de l’appartement où elle avait été chez elle pendant si longtemps. Mais c’était son lit, et savoir qu’elle pouvait revenir ici quand elle voulait lui procurait un plaisir sans commune mesure avec les qualités intrinsèques de l’endroit.

Dès l’instant où ils étaient entrés dans leur chambre, Leia s’était laissé tomber tout habillée sur ce lit, égaillée par sa simple existence.

Quelqu’un frappa à la porte. Quelle tuile ! Leia leva la tête et regarda Yan.

— C’est ton tour d’aller ouvrir, dit-elle.

— Et pourquoi ?

— Parce que j’ai parlé la première.

— Impossible de contredire une telle logique.

Yan alla appuyer sur le panneau mural de contrôle d’accès. La porte s’ouvrit, révélant un homme de grande taille, le bras gauche en écharpe.

— Bonjour, dit le type, mal à l’aise. Je suis Tam Elgrin.

— Je sais qui vous êtes. (Yan lui serra la main.) Vous avez joué aux espions quelque temps, puis décidé d’abandonner ce métier. Depuis, vous souffrez de maux de tête.

— C’est un peu ça.

— Entrez.

Leia se leva également. Leurs quartiers n’étaient ni grands ni bien équipés, mais ça ne devait pas les empêcher de faire preuve d’un minimum de bonne éducation.

— Puis-je vous offrir quelque chose à boire, Tam ?

— Non, merci, je n’ai pas soif… Je suis venu pour parler de Tare.

— Nous l’avons vu. Il n’avait que votre nom à la bouche.

Yan invita Elgrin à s’asseoir.

— Allez-y. Que vouliez-vous nous raconter ?

 

Plusieurs petits coups secs, à sa porte tirèrent Kyp du sommeil. Tout habillé – il n’avait pas eu l’intention de s’endormir, juste de se reposer un instant –, il s’arracha à son fauteuil et alla ouvrir la porte…

… Pour découvrir Piggy, les bras croisés dans l’attitude typique du « costaud de service ».

— Sa Grandeur m’envoie.

— Que veut-elle ? demanda Kyp en se frottant les yeux.

— Te voir.

— Tout de suite ?

— Tout de suite.

— Où ça ?

— Sur le toit.

D’habitude, Piggy n’était pas aussi taciturne. Ce soir, il ressemblait à un videur de bar. Faisant appel à la Force, le Maître Jedi s’assura d’être en présence du Gamorréen, et pas d’un Yuuzhan Vong porteur d’un masque ooglith particulièrement élaboré.

— J’y vais de ce pas.

Kyp déboula sur la toiture du complexe de biotique, une surface accidentée qui accueillait de nombreux équipements extérieurs. Il faisait noir. Une faible lueur, à l’ouest, témoignait d’un coucher de soleil récent.

— Viens par ici.

Tournant la tête, Kyp vit Jaina, assise avec Jag Fel sur une cabane à condenseur. Il ne distinguait que des silhouettes. Près d’eux, il remarqua d’autres contours : quelque chose qui ressemblait à un panier, et la forme indistincte d’une bouteille.

— Vous avez organisé un pique-nique ?

— Exactement. (Jaina semblait amusée.) Et la déesse ordonne ta présence.

— Tu deviens franchement bizarre, déesse.

D’un bond, le Jedi atterrit sur le toit de la cabane et s’assit en tailleur face à Jag. Jaina était allongée sur le côté, dans une position où elle pouvait voir les deux hommes.

— Ce n’est pas un simple pique-nique.

Jaina saisit la bouteille et remplit un des trois verres dépareillés posés à côté du panier.

Elle tendit le verre à Kyp.

— Nous devons parler. Tous les trois.

Après avoir rempli les deux autres verres, elle en passa un à Jag.

Kyp renifla suspicieusement le breuvage.

— C’est du diluant pour peinture ?

— Ce serait trop beau, répondit Jag. Pendant que nous t’attendions, j’ai observé son effet sur plusieurs insectes locaux : létal à cent pour cent.

— Chut, coupa Jaina. Cette boisson est le chef-d’œuvre des distillateurs de Borleias. Boire alors qu’une nouvelle attaque des Yuuzhan Vong peut se produire à tout instant est une entorse au règlement. Par conséquent, le goût sera merveilleux.

La jeune femme but une petite gorgée.

Admirable, elle ne laissa pas voir ses réactions. Par l’intermédiaire de la Force, Kyp sentit les réflexes des terminaisons nerveuses de sa gorge, qui protestaient contre l’intrusion du cordial.

Même aveugle à la Force, Jag devait connaître assez bien Jaina pour comprendre ce qu’elle subissait. Il réprima un gloussement à grand-peine.

— Quoi qu’il en soit, dit Jaina, dont la voix, transformée, ressemblait à celle d’un vieux mécanicien corellien, nous avons un problème, Kyp. Toi et moi et Jag.

— Je n’en avais pas conscience.

— Alors, pourquoi t’arraches-tu à notre lien à travers la Force dès qu’il n’est plus indispensable pour le travail ? On dirait que je danse avec un partenaire qui recule d’un bond et s’essuie les mains à la fin de chaque morceau de musique.

— Quelle comparaison intéressante…

Kyp regarda Jag, mais le jeune homme ne réagit pas verbalement au discours de Jaina.

— Peut-être que nous devrions parler de ça à l’occasion, entre quatre yeux.

— Ou peut-être pas… Jag est impliqué au plus haut point. C’est d’ailleurs lui qui a suggéré cette rencontre.

— Ah bon, il a suggéré une rencontre… Une confrontation directe. C’est l’approche typique de la famille Fel, non ?

Jag but une gorgée et sursauta comme s’il avait reçu un coup de poing à l’estomac.

— Dans mon ascendance, il y a plusieurs lignées, Kyp. Et certaines sont plus sournoises que d’autres.

— Ce qui veut dire ?

— Que tes idées toutes faites au sujet de cette réunion sont sans doute fausses.

— Réponse énigmatique s’il en est…

Puisqu’il le fallait, Kyp goûta le contenu de son verre. Le liquide semblait être un mélange d’alcool, de poivre et de fruits pourris.

Les yeux du Jedi s’emplirent de larmes.

— Attendez une seconde… Vous avez pris l’antidote avant que j’arrive !

— Verrais-tu un inconvénient à ce que j’en vienne directement aux faits ? demanda Jaina.

— Pas du tout…

— Il y a quelque temps, tu m’as manipulée. Je n’ai pas apprécié. Sur Hapès, je t’ai entraîné dans des situations qui ne te plaisaient pas et qui t’ont valu beaucoup d’ennuis. Nous nous sommes menti mutuellement sur nos intentions et notre vision des choses. Enfin, quand tu as décidé de rejoindre mon escadron, j’ai pensé que tu m’avais pardonnée. Lorsque j’ai accepté ta proposition, ça signifiait que je t’avais pardonné. Et pour toi, est-ce vrai aussi ?

— Oui.

— Donc, nous sommes partenaires ?

— Nous le sommes. Tant que l’Escadron Soleils Jumeaux existera.

— Non, ne joue pas à ça ! (La voix de Jaina trahit son exaspération.) Chaque fois que nous entrons en contact à travers la Force, je te sens te préparer au jour où il te faudra tout laisser tomber et déguerpir. Crois-moi, je le comprends. J’ai fait la même chose jusqu’à ces dernières semaines, pour le même genre de raisons stupides. Et tu coupes le lien très vite, histoire que je ne me rende pas compte de ce que tu fais. Une tactique qui n’a pas marché, comme tu le vois. Je veux que tu cesses de penser ainsi et d’imaginer que tu finiras par t’en aller, solitaire et glacé. Je sais que ton frère est mort, que ta famille est morte, que ton dernier escadron n’existe plus, et j’en suis désolée. Mais tu n’as pas besoin de t’en aller ni de rester seul.

— Hum… (Kyp chercha un argument imparable à opposer à cette tirade.) Je ne veux pas être un obstacle. Un obstacle dans ta vie, entre toi et… tu sais.

Jag tendit la main et lança :

— Colonel Jagged Fel ! Ravi de faire votre connaissance.

— Silence ! Jaina, je suis dans une position inconfortable.

— Oui, je sais. Jag et moi sommes partenaires… et quelque chose de plus. Tu es là avec nous, alors que tu t’es naguère intéressé à moi. C’est perturbant. Ça l’est pour moi aussi. Cette situation t’incitera à partir ?

— Elle devrait.

— Alors, prends tes clics et tes clacs et va-t’en sur-le-champ. Cesse d’atermoyer !

Kyp se leva.

— Tu as raison. Je m’excuse, et…

— Reste ici !

Surpris par le ton de Jaina, Kyp se rassit, bouche bée.

— C’est mieux, dit la jeune femme. Jag, pourquoi les hommes sont-ils si stupides ?

— Par prédisposition biologique. En voilà un autre exemple.

Il prit une gorgée du breuvage. Même dans le noir, le frisson qui le parcourut de la tête aux orteils fut parfaitement perceptible.

Jaina se redressa.

— Kyp, c’est inconfortable parce que toutes les relations humaines le sont. Même la vie de famille. En tout cas, c’est comme ça dans la mienne. Il faut gérer l’inconfort parce que l’autre option consiste à tout perdre.

« Jadis, tu étais une sorte de petit frère de mon père. Ça m’est égal, puisque tu n’es pas devenu mon oncle pour autant. Tu as avec moi une relation qui n’est pas amoureuse et qui n’est plus un rapport de maître à apprenti. Nous savons tous deux que ces clichés ne nous décrivent pas. Nous sommes partenaires, même si nous ne définissons pas exactement ce que ça signifie. Mais nous inventerons une signification ! Et ce partenariat durera jusqu’à ce que l’un de nous meure. Que cette relation pose un problème à Jag ou non, il n’en parle pas, parce qu’il est assez intelligent pour avoir compris qu’il ne peut pas contrôler mes rapports avec les autres.

« Alors, une fois pour toutes, sommes-nous partenaires ou partiras-tu afin de mourir seul ?

— Tu as hérité du talent de négociateur de ton père…

Jaina ignora l’allusion ironique au style de Yan, si différent de celui de sa célèbre épouse.

— C’est vrai. Alors ?

— Alors, nous sommes partenaires.

— Très bien. (Jaina leva son verre.) Buvons pour sceller le pacte.

— C’est obligatoire ?

— Oui…

Jag ricana.

— Cette boisson ferait passer pour une promenade de santé les duels à mort contre les pilotes yuuzhan vong.

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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